La semaine dernière, nous avons vu ensemble les progrès realisés au cours de l’année écoulée. Aujourd’hui, voyons ce que nous réserve 2005.

Télécommunications
Commencons par notre île. Les mois prochains verront sans nul doute se dérouler une âpre bataille dans le secteur des télécommunications. Une lutte à trois opposera VSNL (Videsh Sanchar Nigam Limited), Mauritius Telecom et les autres. MT a le plus à craindre du premier. En effet, VSNL dispose d’atouts suffisamment persuasifs pour inquiéter les actionnaires de MT et donner à leur département marketing du fil à retordre.
En lancant son propre réseau alternatif sans fil, VSNL annule le principal obstacle qui empoisonnait la vie des concurrents de MT et de ses filiales: l’accès inconditionnel à la boucle locale. A partir de cette donnée, c’est à VSNL de décider de la marche à suivre. Offrir un package incluant internet, téléphone fixe et mobile reste parfaitement possible. Pour un prix de base de Rs 1499, incluant internet rapide illimité, line rental, téléphone fixe avec appels illimités et un combiné mobile avec un tarif équivalent à celui pratiqué par MT, mais sur ligne fixe, VSNL serait sûr de capturer une partie non négligeable du marché de MT.
Ce dernier sera obligé de sacrifier ses parts de marché et ses profits mirifiques ou de périr à petit feu. En fin de compte, c’est le public mauricien qui sortira grand gagnant de cette joute apres avoir été une vache à lait, contrainte pendant de longues années à payer le prix fort afin de satisfaire à ses besoins de communications. Quant aux autres acteurs du marché, je pense içi à Emtel et DCL en particulier, ils auront fort à faire pour se faire une place au soleil. Le dernier obstacle restera cependant l’accès au cable SAFE.
Mon petit doigt me dit qu’une bataille féroce se déroulera pour décider du sort du monopole de MT sur ce fil d’Ariane. Le savoir-faire des Indiens dans le domaine des telecommunications vient d’etre demontré pas plus tard que la semaine derniere.
Un consortium regroupant les plus grandes entreprises du secteur – et comprenant VSNL – s’est vu attribué un contrat par l’état de l’Andrah Pradesh afin de fournir à ses habitants, un accès internet haut débit pour seulement Rs 100, indiennes, bien sûr, soit environ 50 fois mois que Telecom Plus. Ce prix, s’il se concretise, fera sans conteste de l’Inde un exemple mondial. Le projet sera parachevé d’içi décembre 2006. Chaque connexion aura un débit de 2Mbps et le “tuyau” utilisé pour l’interconnexion a une capacité de 10Gbps, soit plus que le cable SAFE.
Sans-Fil
Le sans-fil sera donc le Tsunami virtuel qui submergera les mauriciens d’ici le milieu de l’année avec les incursions de DCL, de Netplus et de VSNL. WiFI, WiMAX, UltraWide Bandwidth CDMA – aux acteurs de determiner le choix des, armes. Seul Telecom Plus ne s’est pas encore prononcé sur son entrée. Et pour cause, le groupe Mauritius Telecom a le plus à perdre dans cette évolution.
Côte portable, Cellplus et Emtel ont choisi de se lancer dans la 2.5G et dans la 3G respectivement. Le plus intéressant est que ces choix permettront, ironiquement, au mauricien lambda de goûter théoriquement à un accès internet bien plus rapide, contrairement aux solutions filaires existantes. Quant à savoir si les courses de chevaux ou matchs de football britanniques intéresseront chauffeurs de taxis et autres grands consommateurs nomades de téléphonie mobile, la prudence s’impose.
Commerce électronique
Une autre prédiction, ou plutôt un souhait pieux, est que le commerce électronique à la mauricienne prenne enfin son essor après tant de tentatives ratees. Le moment où un entrepreneur mauricien se rendra compte que le commerce electronique n’a pas de frontières et que Maurice dispose de suffisamment de produits intéressants pour s’ouvrir un marché niche ne peut pas être bien loin.
Je pense içi tout particulièrement aux petites et moyennes entreprises. Nos maquettes de bateaux, nos fruits confits, nos chanteurs de séga ou encore notre secteur artisanal ont de bonnes chances de réussir outremer. Il suffit pour cela d’avoir une plateforme adéquate, suffisamment solide pour pouvoir offrir support et conseil à ceux voulant offrir leurs produits sur le net.
Toutes ces opportunités font que tôt ou tard quelqu’un devra lancer cette plateforme. Telecom Plus avait, il y a quelques années, lancé le concept de maurishop (passé depuis sous le contrôle du groupe appavoo) et de servihoocommerce. Des noms de domaine avaient été réservé et ces projets étaient à un stage suffisament avancés pour que des tests grandeur nature soient effectués sur le net. Depuis, plus rien. Les mauriciens sont très réservés quant à l’utilisation de leurs cartes de crédit contrairement aux européens par exemple.
L’idéal serait une solution mixte. Pour les utilisateurs mauriciens, la possibilité de payer par SMS par exemple. Ce système existe déjà, en témoigne l’utilisation pour les jeu concours et donations. Une simple interface web ne devrait pas poser problème.
Le fournisseur de service (Cellplus ou Emtel par exemple) y trouverait son compte en facturant 5% de toute transaction, soit environ ce que coûterait un tel service offert par carte de crédit. Pour les acheteurs étrangers, cette dernière reste l’option la plus simple à mettre en place. Nous ne disposons pas de plateforme e-commerce du genre nochex ou paypal, le marché local étant trop restreint.
Piratage
2005 risque aussi d’être une mauvaise année pour les pirates de tout poil si la MASA et le gouvernement mauricien decident enfin de se lancer à la poursuite de ce que beaucoup qualifient de mafia du numerique. Les pirates, il est vrai, ne font que satisfaire une demande d’un public toujours plus friand des dernières nouveautes. Une conscientisation de la masse populaire quant aux enjeux de la propriété intellectuelle devra se faire dans les plus brefs delais probablement avec l’aide non seulement de la MASA mais aussi des institutions internationales comme le BSA ou le FAST.
Cybercité
L’événement qui polarisera l’attention en cette année sera les élections qui se derouleront dans la deuxieme moitié de 2005. Il est à parier qu’un des dossiers qui sera les plus débattus concernera la viabilité du concept de cybercité/cybertour/zone franche informatique. Appliquer ces concepts vieux de deux décennies a l’industrie informatique a certes ses avantages, mais de là à savoir si les resultats seront aussi probants que pour le textile, difficile à dire. Chaque époque a ses réalités.
Les années 80 ne connaissaient pas la chine conquerante et tremblaient encore sous les après-coups de la guerre froide et les accords START. Il est de l’avis de l’auteur que dans sa globalité, le concept de Cybercité à la mauricienne connaîtra des revers plus tôt que prevu.
S’il est vrai que pour l’instant, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, l’environnement qui nous entoure ne connait qu’une seule constante, le changement. Maurice n’a malheureusement pas assez d’arguments convaincants ni de points saillants pour en faire une destination incontournable dans le domaine du Business Process Outsourcing.
Plusieurs raisons existent et nous en avons longuement parlé dans un passé pas trop lointain. Notre bilinguisme n’est pas une particularité mauricienne en soi. Mon enseignant de G.P., M. Fanchette, nous rappelait sans cesse que bien que nous parlions anglais et francais, il n’existe qu’une poignée de Mauriciens capable de maitriser réellement la langue de Sheakspeare et celle de Molière. La faute incombe en partie au système éducatif mauricien et les medias locaux, trop “francisés” dans leur ensemble.
Pour en revenir au concept de BPO en lui même, il est appelé à disparaître avec les avancées technologiques. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que ces prédictions sont tenues dans ces pages. Dans quelques années, probablement avant 2012, les ordinateurs seront suffisamment connectés, suffisamment puissants et donc suffisamment intelligents pour remplacer les humains dans la plupart des tâches quotidiennes de bureaux. 2012, c’est dans 7 ans.
En 1997, l’internet débutait à peine à Maurice et beaucoup d’entre nous utilisaient des ordinateurs “486” au travail. En 2012, Les services de traductions se feront en temps réel, des algorithmes avancées de reconnaissance visuelles pourront interpreter sans faire plus d’erreurs que les humains les fac-similes et autres documents qui sont actuellement convertis en version électronique en Inde et ailleurs.
D’ici 2012, un centre d’appel entier pourra tenir dans un ordinateur portable. 2012, c’est dans sept ans. Mais comme vous le verrez un peu plus loin, les bases de cette revolution silencieuse ont deja ete jetees avec l’arrivee en force de la technologie 64-bit dans nos foyers. L’électronique n’a pas besoin de pause café ni d’augmentation. Infailliblement, l’importance de l’humain dans le secteur des “white collar jobs” diminuera sensiblement, surtout dans les échelons les plus bas de la hiérachie.
International
Sur le plan international, cette annee verra le développement graduel d’une technologie qui n’aboutira qu’en fin 2005. Non je ne parle pas du remplacant de Windows XP, nom de code Longhorn, que certains ont rebaptises Longwait (voir capture d’écran). Je me réfere içi à CELL, ce superprocesseur qui servira de base a une myriade de produits dont la playstation. Pour la petite histoire, CELL est aussi le nom d’un anti-héros d’un Manga japonais qui faisait fureur début 1990 - Dragonball. Ce CELL là avait pour mission de détruire la terre.
IBM, Sony et Toshiba ont mis en commun leurs savoir-faire afin de créer une plateforme qui n’aura pas d’équivalent dans le monde des PC. CELL est d’autant plus interessant que d’après ses concepteurs, il pourra communiquer de facon transparente avec d’autres produits utilisant le même processeur.
Par exemple, votre Playstation 3 pourra recourir à d’autres processeurs CELL si un jeu requiert plus de puissance. Des ordinateurs IBM, des téléviseurs, des lecteurs DVD, bref une myriade de produits de consommation courante devraient en être équipée. Sur le plan technique, CELL applatit tout ce qui existe sur le marché.
La finesse de sa gravure atteindra 90 nanomètres, soit presque la taille d’un virus, un seul processeur comprendra entre 4 et 16 sous-processeurs, tous basés sur l’architecture PowerPC d’IBM. La puissance totale de l’engin atteindra 1 Teraflop soit 1000 milliards de calculations secondes. En comparaison, l’ordinateur le plus puissant de la planète, Blue Gene/L atteint en plein régime 71 Teraflops. C’est dire toute la puissance qui sera disponible dans peu de temps.
Ce qui amène à penser après. Si plusieurs centaines de produits à base de CELL arrivent à s’interconnectent entre eux, le produit final pourra aisément concurrencer le cerveau humain moyen. 126 millions de consoles Playstation 1 et 2 ont été vendus en 10 ans.
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